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Radio Pieds-noirs

Mes frères les Harkis

Saint-Antoine le 5 juillet 1962

 

Saint-Antoine le 5 juillet 1962

 

A Oran, j'habitais chez ma grand-mère MARTINEZ au 24 rue de Tlemcen juste au-dessus de la charcuterie du même nom.

Ce matin là du 5 juillet 1962 GABRIEL, le vendeur de fromages en gros, avait laissé dans l'arrière-boutique de la charcuterie une caisse de 6 boules de Bombel, qu'il n'avait pas pu livrer chez ma mère.

Ma mère, Mathilde ANDREU, tenait une Epicerie à la cité Péret et les rues menant au centre ville étaient bloquées par des manifestations qui jusque là s'étaient avérées pacifiques.

En effet depuis le 1er juillet tout semble aller pour le mieux en Algérie : musulmans, juifs et chrétiens ont fraternisé et chacun découvre le bon côté de l'autre.

Afin d'améliorer notre sécurité nous avons à présent un commissariat à Saint-Antoine et en plus il est installé dans les locaux de l'ancienne bijouterie juste à côté de la Charcuterie, en face de la pharmacie.

Le responsable de la Police est le fils ABDÉLILA et il y a aussi un certain BENYACOUM, ancien barman du bar BORDONADO. Ce qui ne change pas c'est qu'ils ont beaucoup d'amis dans le quartier et aujourd'hui qu'ils sont les patrons de Saint-Antoine ils en ont davantage encore.

Après tant d'années de haine et devant ce nouvel élan d'Amitié on croirait rêver.

Si bien que ma grand-mère m'a chargé de livrer à ma mère, en pleine ville, la caisse que GABRIEL avait laissée à son intention.

Flanqué de cette caisse je me suis donc rendu à l'arrêt du bus en face du cinéma le REX là où quelques mois auparavant j'avais failli être assassiné par un arabe arrivé en scooter.

Heureusement que le terroriste n'a pas eu le temps d'armer son revolver que déjà ce même GABRIEL, qui déboîtait de son stationnement, le mettait en fuite en fonçant sur lui avec son camion.

Mais les jours se suivent et ne se ressemblent pas ; me voilà parti pour le centre ville au milieu des youyous dans un bus bondé où je suis le seul européen.

Soudain le bus s'arrête, bloqué par la foule, le chauffeur nous fait descendre. Je me retrouve en pleine manifestation, la caisse sur l'épaule, essayant de ne pas me faire repérer en tant qu'européen.

Je continue mon chemin par les rues adjacentes, la Place d'Armes est noire de monde, la Place des Victoires est inondée de drapeaux et de banderoles. Je ne me souviens pas avoir vu autant de gens, même pas le 24 janvier pendant les barricades. On dirait que tous les Arabes de la création se sont donnés rendez-vous à Oran. Il règne une ambiance qui ne présage rien de bon.

J'arrive enfin à la cité Perret. Ma mère qui s'était installée avec la famille ANDREU au centre ville, me renvoie aussi sec à Saint-Antoine. Elle m'aurait bien gardé avec elle mais le téléphone ne marche pas et elle a peur que ma grand-mère s'inquiète. Il est plus de onze heures du matin je me dépêche de rentrer.

En passant devant la Cathédrale je constate que certains abrutis ont attaché un drapeau vert et blanc sur le l' étendard tendu par Jeanne d'Arc. Plus loin on est en train de molester un jeune couple que l'on a sorti d'une voiture. Mieux vaut ne pas traîner ici il y a des moments où d'avoir le type oriental est une question de vie ou de mort.

De retour à Saint-Antoine ma Grand-mère m'envoie chez Robert Di GIACOMO pour lui dire de venir manger avec sa femme, à la maison. Arrivé devant chez Robert à la Place Laurence je trouve des arabes en train de se disputer avec la Force Locale (les A T O sensés remplacer la Police Nationale Française) Il y a de l'électricité dans l'air.

Juste le temps de rentrer à la rue de Tlemcen que déjà les tirs fusent de partout. Que se passe-t-il ? Personne n'en sait rien ! On est obligé de baisser les rideaux métalliques du magasin, dont la partie supérieure est ajourée.

Du coup mon grand-oncle Pépé GOMIS et son fils Auguste venus le matin même du Tlelat ; le sergent Claude LUCQUIN qui fréquentait à l'époque Jocelyne la fille CERDAN et deux autres militaires passés nous dire bonjour ; Vincent MOYA un ouvrier de la charcuterie sa femme et leur bébé ainsi qu'un client de passage se retrouvent bloqués chez nous .Il était 14 heures ou plus.

Pour plus de sécurité on a installé tout ce joli monde dans la cour intérieure de l'immeuble, dehors les tirs continuent l'ambiance est crispante et chacun y va de son couplet : mon oncle GOMIS craint pour sa voiture qui est stationnée devant la boulangerie CERDAN, c'est vrai que c'est son seul moyen de locomotion pour rentrer chez lui.

Mon oncle Robert GAUTIER n'a pas encore quitté le magasin et se dirige vers la caisse enregistreuse pour mettre à l'abri la recette de la matinée. L'oncle Pépé, quant à lui, ne veut pas quitter sa voiture des yeux -- qu'il surveille sans relâche par la partie supérieure du rideau métallique – jusqu'au moment ou il fini par se prendre une balle juste en dessous de la clavicule gauche. La balle l'a littéralement transpercé pour finir se loger dans la balance posée sur comptoir.

Nous nous retrouvons donc avec un blessé sur les bras, sans téléphone ni moyen de sortir pour chercher du secours. On entend frapper à la porte du couloir de l'immeuble. Des militaires de l'ALN sont en train de défoncer la porte d'entrée. Ma grand-mère MARTINEZ les prie d'arrêter et va leur ouvrir

Les militaires de l'ALN, surexcités, font irruption dans la cour intérieure en criant comme des sauvages :  " Qui à tiré ?… qui a tiré ? ".

Nous avons beau protester en disant que nous n'avons pas d'armes, nous découvrirons plus tard qu'une poignée de douilles de balles de tous calibres a été balancée par la partie ajourée du rideau métallique pour faire croire que nous avions tiré.

NOUS LEUR DISONS QUE NOUS AVONS UN BLESSÉ MAIS CELA N'A PAS L'AIR DE LES INTÉRESSER.

ils sont venus apparemment pour nous tuer mais la présence de militaires français en tenue les mets mal à l'aise ; si bien qu'ils contrôlent avec beaucoup de soins leurs identités et leurs permissions.

Finalement ils décident de mettre les militaires français de côté et nous font sortir dans la rue où nous attendent d'autres excités qui nous alignent, sans ménagements, devant la devanture du magasin. MON ONCLE BLESSÉ EST AUSSI ALIGNÉ.

Un fourgon arrive à toute vitesse et s'arrête derrière nous. Nos agresseurs commencent à s'engueuler entre eux. Ils parlent en arabe mais d'après ce que je comprends certains veulent nous exécuter immédiatement et d'autres préfèrent nous embarquer dans le fourgon. Ils ne sont pas tous armés et s'arrachent les armes pour avoir le plaisir de nous exécuter.

On me dit de monter dans le camion mais ABDÉLILA et BENYACOUM qui viennent d'arriver me disent de reprendre ma place au mur. C'est alors que commence une longue série d'engueulades entre le chef des fellaghas et les responsables du commissariat de Saint-Antoine.

Nous sommes toujours face à la devanture de la charcuterie, les mains en l'air. Les minutes semblent des heures. Mon oncle continue à perdre son sang. BENYACOUM arrache une mitraillette des mains d'un excité.

Le chef des fellaghas décide finalement de nous relâcher et de remettre les militaires aux autorités françaises en les conduisant à la caserne du 28 ème Train.

Mon Oncle sera finalement amené à l'hôpital pour être sauvé. Il est mort quelques années plus tard en France dans son lit.

Je sais que beaucoup de gens ont disparus le 5 juillet 1962 à Saint-Antoine. On aurait coupé la tête à un vieux ce jour là devant le REX... alors que le matin j'étais au même endroit avec ma caisse de fromage.

Merci ABDELILA merci BENYACOUM vous avez prouvé ce jour là que l'on peut combattre pour un idéal sans pour autant être des assassins.

Vous trouverez cette photo sur le site du CALO 

 

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Le commerce devant la dernière voiture en stationnement c'est la Charcuterie Martinez. C'est là que j'ai passé toute mon enfance et c'est sous cette bache que j'ai failli finir ma vie le 5 juillet 1962 quand les félaghas nous ont alignés devant la devanture pour nous exécuter.




Le Fourgon de Gabriel Léonardo


Je lui dois la vie





Marie-Paule et Andrée Léonardo


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